Lettre d’opinion : « Nous devons toujours dénoncer la haine quand elle se manifeste » — Marie-Claude Landry

La fin de semaine passée, à Montréal, les Canadiens de partout au pays se sont réunis pour célébrer les progrès importants vers l'amélioration des droits de la communauté LGBTQ2I. Il s’agissait de la première célébration nationale de la fierté pour le Canada, et nous avons été témoins d’une expression d'appui dynamique et moderne à un groupe historiquement marginalisé. Au milieu de toutes les affiches et slogans, un t-shirt en particulier a attiré mon attention. Il dit simplement : " « Humankind – be both »

Humanité.  Bonté.  Un message qui est d'autant plus important dans la foulée des événements que nous avons vus au cours de la semaine dernière dans le monde, et ici-même au Canada –les nouvelles rapportent une attaque terroriste à Barcelone, des manifestations de l'extrême droite, à Charlottesville, Virginie et ailleurs aux États-Unis, tandis que des groupes suprémacistes blancs se déroulaient dans des villes un peu partout au pays, et que des groupes organisés manifestaient contre les réfugiés.  

Bien que les débats d'idées soient sains à toute démocratie, la peur et la haine semblent prendre de l’ampleur et nous commençons à réaliser que peut-être, juste peut-être, le Canada n'est pas à l'abri comme certains aimeraient le croire. Il y a des fissures dans la fondation du Canada, une fondation pourtant construite sur la diversité, l'inclusion et la compréhension. Ces fissures commencent à laisser entrer l'eau.

C'est ainsi que naissent la haine et l'extrémisme.  Progressivement, ils s'infiltrent dans chaque fissure qu'ils trouvent et affaiblissent tout ce qu'ils touchent. Ils sont insidieux de cette façon – jour après jour, semaine après semaine, mois après mois – subtilement, ils érodent la structure jusqu'à ce qu'un jour, ça s’écroule.  Aujourd'hui, c'est là que nous en sommes. La réalité est que nous ne pouvons pas prétendre que le problème n'existe pas ici, au Canada. Nous avons besoin d'une conversation franche et honnête à ce sujet. Nous avons besoin d'y faire face et d'y remédier.  

La Commission canadienne des droits de la personne a la responsabilité de s'exprimer et d'agir dans l'intérêt public.  Des événements, comme ceux de la semaine dernière, provoquent toujours la discussion au sein de l'organisation. À quel moment la Commission doit-elle prendre la parole afin de maximiser son impact?  Comment devrions-nous répondre et réagir? 

Ce sont les mêmes questions que nous nous posons, à un niveau personnel, lorsque nous sommes témoins de haine, de racisme et d'intolérance dans notre vie quotidienne, qu'ils soient plus ou moins subtils?  Quand devrais-je dire quelque chose?  Et si je ne le fais pas, qui le fera?  

Tant de questions, pourtant, il est clair que la réponse est la même que ce soit au niveau organisationnel ou personnel. Nous ne pouvons rester silencieux. Le silence nous rend complice.  Nous devons toujours dire quelque chose.  

Le dénoncer.  
Le montrer du doigt.  
Le commenter.  

Il faut agir. Nous avons besoin de dire haut et fort que ce ne sont pas nos valeurs.  Pas demain, ni plus tard, lorsqu'il sera trop tard.  

La Commission s'engage à parler quand le respect des droits de la personne est menacé.   Le temps est venu : nous ne pouvons accepter lorsque nous voyons la haine à une telle échelle se manifester ouvertement. Il faut que les leaders soient directs;  que les entreprises utilisent leur poids corporatif pour que les  messages soient entendus; et que les gouvernements se mobilisent.  Nous y arriveront en agissant ensemble. Nous devons sonner une alarme si forte, si claire, et sans équivoque que le message est clair que nous devons passer à l'action.

Pour certains, cela peut sembler, une préoccupation exagérée.  Nous sommes au Canada, après tout.  Pourtant, nous avons vu l'impossible et l'improbable survenir ailleurs; nous devons donc travailler ensemble pour qu'il ne se produise pas ici.  Travaillons ensemble afin que le message de la Commission « Mon Canada inclut tout le monde » ne soit pas qu'un slogan ou un hashtag.  Travaillons ensemble afin que « Human. Kind / Humanité. Bonté » ne soit pas un simple message sur un t-shirt.

Marie-Claude Landry,  Ad. E.
Présidente, Commission canadienne des droits de la personne