La présidente Marie-Claude Landry prononce une allocution à l’assemblée extraordinaire des Chefs de l’Assemblée des Premières Nations

Notes d’allocution pour

Marie-Claude Landry, Ad. E.

présidente
Commission canadienne des droits de la personne

 

Assemblée extraordinaire des Chefs de l’Assemblée des Premières Nations
Façonner notre avenir et éliminer l’écart : réconciliation, droits, relations

« Soutenir les Premières Nations, les familles et les communautés : l’aide à  l’enfance Â»

Gatineau (Québec)
Mercredi 9 décembre 2015

LE TEXTE PRONONCÉ FAIT FOI

 

Merci pour cette aimable présentation.

Bonjour! Je suis contente de me trouver ici, en territoire algonquin, entourée d’autant de collègues que j’estime.

Je remercie le chef national Perry Bellegarde de m’avoir invitée à  participer aujourd’hui à  vos discussions.

À titre de présidente de la Commission canadienne des droits de la personne, je suis honorée que vous me donniez l’occasion de vous parler à  ce moment charnière, lequel deviendra selon moi le début d’une nouvelle ère en ce qui concerne les relations entre les peuples autochtones et le Canada.

Je me sens particulièrement privilégiée de pouvoir vous parler de la protection de l’enfance, puisqu’il s’agit d’un enjeu si important en matière de droits de la personne.

La protection de l’enfance nous rappelle à  quel point le respect des droits de la personne est déterminant pour les gens les plus vulnérables d’entre nous – nos enfants.

J’avoue que je me sens vraiment honorée de vous parler aujourd’hui.

Je dirige l’institution nationale des droits de la personne du Canada depuis neuf mois seulement, mais je vous affirme avoir senti un nouveau vent d’optimisme au sein des organisations que j’ai rencontrées.

...Un vent qui donne espoir que bon nombre des enjeux pressants qui avaient été laissés de côté se retrouvent maintenant au coeur du mandat que le gouvernement s’est donné…

Je le répète, nous sommes, selon moi, à  l’aube d’une nouvelle ère en ce qui concerne les droits de la personne au Canada.

...Une ère où le gouvernement cherche activement des solutions pour faciliter la vie des personnes en situation de vulnérabilité…

…Une ère où une proportion croissante de la société canadienne connaît notre passé commun et prend conscience des séquelles engendrées par les pensionnats indiens.

...Une ère où le gouvernement s’engage à  bâtir de nouvelles relations avec les peuples autochtones.

La Commission canadienne des droits de la personne entre aussi dans une nouvelle ère. Nous voulons être un organisme national qui défend de manière indépendante et avec ferveur tous les enjeux liés aux droits de la personne au Canada.

Je sais que la confiance a besoin d’actions – et non de mots – pour s’installer. Et, à  mon avis, la confiance est un cadeau qui s’offre d’une personne à  l’autre.

Je travaillerai fort pour traduire les mots en actions. Je fais le voeu qu’un jour vous me fassiez le cadeau de votre confiance.

Aujourd’hui, je veux vous parler de l’affaire de l’aide à  l’enfance.

La décision que Tribunal [canadien des droits de la personne] rendra bientôt pourrait avoir des conséquences sur le financement des services d’aide à  l’enfance. Mais elle pourrait aussi changer les pratiques du gouvernement en ce qui concerne le financement d’une panoplie de services dans les communautés des Premières Nations.

Avant d’expliquer pourquoi, j’aimerais vous parler de mon parcours des neuf derniers mois.

J’ai été nommée à  la tête de l’institution nationale des droits de la personne du Canada en mars dernier.

Depuis ce jour, j’ai rencontré plus de 125 organisations représentant des groupes de citoyens vulnérables. J’ai voulu savoir ce qu’elles attendent de moi et de la Commission canadienne des droits de la personne.

L’une de ces premières rencontres s’est déroulée avec le chef national Bellegarde.

Les gens étaient heureux de partager avec moi leurs idées et leurs opinions. Et je les ai très bien entendus.

Nous avons déjà commencé prendre les mesures nécessaires pour que la Commission devienne l’organisation souhaitée par la population du Canada.

Nous utiliserons notre savoir-faire pour jouer un rôle utile en matière de politique publique et de changement social.

Nous adapterons nos processus de traitement des plaintes pour faire en sorte que les problèmes soient réglés de manière juste, efficace et rapide.

Nous modifierons nos processus pour les rendre accessibles aux personnes qui ont besoin de notre aide.

Bref, nous donnerons la priorité aux personnes dans chacune de nos activités – dans chacune de nos directives, dans chacune de nos interventions et dans chacune de nos décisions.

Par conséquent, nous joindrons notre voix à  celles d’autres intervenants se portant à  la défense de gens en situation de vulnérabilité – des gens qui n’ont pas voix au chapitre, comme les enfants.

Le lendemain des dernières élections, j’ai demandé au gouvernement d’« endiguer l’érosion des droits de la personne au Canada Â».

J’ai souligné les enjeux les plus pressants à  l’heure actuelle quant aux droits de la personne au Canada.

J’ai demandé que l’on mette fin aux injustices et aux inégalités encore subies par tellement de gens au Canada.

En voici quelques exemples.

J’ai demandé au gouvernement :

  • de lancer une enquête nationale sur les femmes et les jeunes filles autochtones disparues ou assassinées et d’établir un plan d’action national;
  • de veiller à  ce que l’ensemble de la population canadienne ait accès à  de l’eau potable et à  des logements adéquats;
  • de mettre fin au financement inéquitable pour les services d’aide à  l’enfance et les écoles dans les réserves des Premières Nations;

Bon, comme je l’ai déjà dit, nous sommes, selon moi, à  l’aube d’une nouvelle ère.

Nous avons assisté à  une première historique : la nomination d’une femme autochtone comme ministre de la Justice.

Aussi, bon nombre des enjeux les plus pressants au Canada relativement aux droits de la personne ont été désignés hautement prioritaires dans sa lettre de mandat.

Je trouve aussi encourageant qu’un premier ministre s’adresse à  tous les membres réunis de l’Assemblée, comme hier, pour la première fois depuis plus de dix ans.

Il a même clairement dit qu’il agira dès maintenant pour concrétiser ses cinq promesses électorales.

Au même moment, la Commission de vérité et réconciliation a réussi à  sensibiliser la population et a exhorté de nombreuses personnes à  se pencher sur les attitudes racistes qui perdurent au pays.

Nous avons tous un rôle à  jouer dans le processus de réconciliation.

À mon avis, bon nombre de Canadiennes et Canadiens admettent ce qui s’est passé et veulent la réconciliation.

Bien entendu, pour qu’il y ait réconciliation, il faut faire en sorte qu’à l’avenir les personnes en situation de vulnérabilité soient protégées et puissent avoir les mêmes chances que les autres.

Par exemple, il faudrait appliquer sans restriction le principe de Jordan, en respectant son esprit d’origine.

J’en arrive ainsi à  l’affaire des services d’aide à  l’enfance.

Comme vous le savez sans doute, il s’agit d’une plainte déposée à  la Commission canadienne des droits de la personne par la Société de soutien [à l’enfance et à  la famille des Premières Nations du Canada] et l’APN en 2007.

Selon les plaignants, les services d’aide à  l’enfance dans les réserves sont sous-financés, ce qui fait augmenter le nombre d’enfants des Premières Nations placés en famille d’accueil.

La Commission a renvoyé la plainte au Tribunal canadien des droits de la personne afin qu’il examine la plainte.

La Commission a participé aux audiences du Tribunal.

En fait, nous avons consacré beaucoup de temps et de ressources à  cette affaire parce que, selon nous, un enfant qui grandit dans une réserve mérite d’avoir les mêmes chances dans la vie que n’importe quel autre enfant vivant au Canada.

Pour nous, c’est ce qu’on entend par « droit à  l’égalité Â».

Cette affaire difficile dure depuis longtemps et a été marquée par de nombreuses contestations judiciaires et des délais.

Madame Blacktock, je vous félicite pour le prix spécial que vous avez reçu hier. Sachez que j’ai un profond respect pour le travail que vous accomplissez. Le courage et la détermination que vous manifestez à  défendre les droits des enfants constituent une source d’inspiration et un exemple pour tout le monde.

Les enfants autochtones et leurs familles souffrent depuis trop longtemps des conséquences d’un financement inéquitable.

Nous nous attendons à  ce que le Tribunal rende sa décision très bientôt, et j’ai bon espoir qu’il tranchera en faveur des enfants.

Il faut absolument améliorer les services si nous voulons permettre à  davantage de familles de mettre toute leur énergie à  guérir.

Ces familles méritent notre aide pour se sortir des situations mêmes qui ont amené les services d’aide à  l’enfance à  intervenir au départ.

Notre pays devrait inclure tout le monde. Un pays où tous les enfants reçoivent le même traitement.

Chaque enfant – peu importe son identité ou son lieu de résidence – mérite d’avoir la même chance que les autres de grandir en sécurité, entouré de l’amour et du soutien de sa famille et de sa communauté.

Par contre, cette décision pourrait aussi faire en sorte d’aider les familles bien avant qu’elles se trouvent en situation de crise.

Cette décision pourrait avoir des conséquences à  plus long terme. Elle pourrait obliger le gouvernement à  changer la façon dont il finance tout un éventail de services fournis dans les communautés des Premières Nations. Des services comme l’éducation, les soins de santé, le logement, le maintien de l’ordre, et le soutien aux personnes ayant une déficience.

Des services indispensables pour bâtir des communautés fortes et des familles en bonne santé.

Des services essentiels pour éviter que les gens se retrouvent en situation de vulnérabilité.

Le Canada n’a jamais eu une aussi belle occasion que maintenant de faire de grands progrès vers l’égalité pour les peuples autochtones.

Bien sûr, il faudra de la collaboration pour amorcer de véritables changements. Il faudra aussi une très grande confiance.

En travaillant ensemble, nous pouvons faire tellement plus.

Je vois donc une occasion d’« éliminer les écarts Â» entre les Autochtones et les non-Autochtones au Canada.

Le chemin que nous devons parcourir semble s’être aplani, mais nous devons rester vigilants.

En ce qui nous concerne, la Commission continuera à  défendre les droits de la personne de manière indépendante.

Nous nous ferons entendre haut et fort sur les enjeux de droits de la personne.

Nous demanderons aux gouvernements de rendre des comptes en ce qui concerne les droits à  l’égalité de toute personne au Canada.

Nous collaborerons avec vous, avec le gouvernement et avec les autres intervenants pour promouvoir et protéger les droits de la personne.

Enfin, il faut veiller à  ce que tous les enfants autochtones et leurs familles aient un accès égal aux services parce que la santé de ce pays en dépend.

Le Canada ne peut réaliser son plein potentiel que si chacun y est inclus et .valorisé 

Il faut commencer par les enfants.

Parce qu’en protégeant les droits des enfants, nous protégeons l’avenir de nos communautés et de notre pays.

Merci, thank you, meegwetch.

– 30 –