Allocution de la présidente devant le « Canadian Federation of Business and Professional Women »

Notes d’allocution

Marie-Claude Landry, Ad. E.

Présidente

Commission canadienne des droits de la personne

 

Canadian Federation of Business and Professional Women
 46e congrès national biennal

Le vendredi 10 août 2018

19 h 15

Ottawa

15 minutes max

 

 

La version prononcée fait foi

 

 

 

Merci pour cette aimable introduction.

Et merci beaucoup à madame Gulamani-Abdulla et à BPW Canada de m'avoir invitée à cette célébration.

J'admire grandement le travail que vous faites, et je suis si heureuse d'être ici ce soir-

...notamment à l’occasion du 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme et ce, sur le territoire traditionnel du peuple Algonquin.

Soixante-dix ans.

On croirait qu’il y a de cela bien longtemps.

Mais si vous y pensez dans un contexte historique, 70 ans n'était qu'hier.

En 1948, ayant les atrocités de la seconde guerre mondiale encore fraîches dans leur mémoire, les dirigeants du monde se sont réunis à aux Nations Unies pour établir le concept fondamental des droits de l'homme, droits et libertés qui appartiennent à tous.

Nous sommes tous nés avec ces droits.

L'adoption de la Déclaration universelle est un parfait exemple de ce qui peut se produire quand des gens de cœur se réunissent autour de leurs valeurs communes.

La Déclaration est devenue le fondement de toutes les lois des droits de la personne au Canada, des gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux.

Il continue de guider notre travail à la Commission canadienne des droits de la personne.

À titre d’institution nationale, nous sommes le gardien des droits de la personne au Canada.

Notre travail est de prêter notre voix à ceux qui vivent dans des circonstances les plus vulnérables au Canada – et de mettre en lumière la discrimination dans notre pays.

Notre mandat est large et important.

Il touche toute une gamme de questions, allant des droits des peuples autochtones et des personnes handicapées, aux droits de la communauté LGBTQ2, et les droits de toute personne employée ou desservie par les organisations fédérales...

...et bien sûr, il comprend également les droits des femmes.

Je suis fière de diriger cette organisation qui a contribué à l'évolution historique des droits des femmes au Canada.

Grâce à de courageuses personnes qui nous ont soumis leurs plaintes de discrimination au cours des quatre dernières décennies, à l’aide de la Loi canadienne sur les droits de la personne, nous avons été en mesure de les aider à changer le Canada pour le mieux.

Aujourd'hui, grâce à ces individus courageux et au personnel engagé de la Commission nous vivons désormais dans un pays où :

  • ...les femmes ont le droit de servir dans des fonctions de combat au sein de nos Forces armées.
  • ...les femmes ont droit à une rémunération égale pour un travail de valeur égale
  • ...une femme a le droit d’allaiter son bébé au cours de sa journée de travail
  • ...et les aidants naturels, dont beaucoup sont des femmes, ont le droit d'équilibrer leurs obligations de soins avec leurs responsabilités professionnelles.

Un cas à la fois, nous avons aidé à faire avancer la situation des femmes au Canada.

Pourtant, avec tous ces progrès, il reste encore beaucoup à faire avant que chaque femme au Canada puisse réaliser pleinement ses droits.

Ce soir, je vais parler plus spécifiquement des droits économiques, sociaux et culturels des femmes, et du droit des femmes à vivre et travailler à l'abri du harcèlement ou de la violence.

Et pourquoi le temps est venu de vraiment transformer la culture dans ces domaines des droits de la personne.

Nous assistons à un tournant, ici au Canada.

Les voix des femmes, nos voix sont entendues comme jamais auparavant.

Il y a actuellement un momentum, une énergie à l’égard des droits des femmes, qui se font sentir partout dans le monde.

Les mouvements comme le mouvement Moi Aussi (MeToo) et le mouvement Lui pour Elle (He for She) sont la preuve de ce momentum. Cette volonté de changement qui se produit enfin pour les femmes.

Et c'est ce qui se passe aussi au Canada.

De plus en plus, nous ne sommes pas simplement assises à la table, mais nous sommes les leaders à la table.

Vous toutes ici ce soir, êtes la preuve que nous sommes également des bâtisseuses d’une nation forte et prospère.

L’avenir de notre pays sera amélioré par la vision et le leadership d'un grand nombre de femmes présentes ici ce soir.

Notre rôle de leaders appelle aussi une grande responsabilité.

...la responsabilité d’être la voix de ceux qui ne peuvent pas se faire entendre.

...la responsabilité d'être des mentors et être des exemples de force, de courage et de dignité pour les autres.

...la responsabilité de défendre les droits des femmes qui ne sont pas dans cette salle ce soir -- dont certaines sont parmi les personnes les plus vulnérables au Canada.

Pour citer Michelle Obama : En tant que femmes, nous devons défendre nos propres intérêts... en tant que femmes, nous devons nous soutenir les unes les autres…en tant que femmes, nous devons défendre la justice pour tous.

En ce moment-même, au Canada, il y a des femmes qui ont des difficultés à simplement vivre au jour le jour.

21 % des mères monoparentales canadiennes vivent dans des conditions parmi les plus vulnérables, et elles élèvent leurs enfants dans la pauvreté.

Et ce qu’on sait de la pauvreté, c'est qu'elle va de pair avec les inégalités sociales.

Ce n'est pas une coïncidence que 1,5 millions de personnes vivant dans la pauvreté au Canada sont des femmes.

Ici, comme dans la plupart des pays du monde, la pauvreté affecte les femmes et les enfants de manière disproportionnée.

Les derniers chiffres montrent que même dans un pays comme le Canada, la pauvreté est sexiste.

En fait, aujourd'hui au Canada :

  • 16 % des femmes âgées vivent dans la pauvreté.
  • 28 % des femmes des minorités visibles vivent dans la pauvreté.
  • 33 % des femmes handicapées vivent dans la pauvreté.
  • 37 % des femmes de Premières nations hors réserve, vivent dans la pauvreté.

 

La Fondation canadienne des femmes affirme que la lutte contre la pauvreté des femmes signifie automatiquement la lutte contre la pauvreté des enfants. Quand les enfants sont pauvres, c'est habituellement parce que leur mère est pauvre. 

C'est pourquoi, dans une récente soumission à l'Organisation des Nations Unies sur le bilan du Canada en matière de droits de la personne, nous avons exprimé au Conseil des droits de l'homme :

  • ...que le Canada peut faire plus pour améliorer les droits économiques, sociaux et culturels de ses citoyens.
  • ...et que cela comprend le droit à un logement convenable, à l’alimentation, à l' eau potable, et à un niveau de vie adéquat.

 

La Fondation canadienne des femmes a clairement établi que la lutte contre la pauvreté pour les femmes améliore aussi la sécurité des femmes.

Une femme en difficulté croit souvent qu'elle ne peut pas faire valoir ses droits ou quitter une situation de violence.

Une mère monoparentale endure le harcèlement sexuel de son patron parce qu' elle a besoin d’un emploi.

La Commission canadienne des droits de la personne considère que le harcèlement en milieu de travail est un aspect important des droits de la personne.

Le harcèlement au travail est une question de droits humains.

C'est un obstacle fondamental à l'égalité.

Il est un obstacle pour les femmes de tous les milieux.

Il peut priver les femmes de leur chance de prospérer et réussir. Cet impact négatif peut être encore plus grand, par exemple, pour les femmes racialisées, pour les femmes handicapées et les femmes trans. 

Nous savons que souvent, lorsque les femmes sont harcelées, elle quittent leur milieu de travail et n’y reviennent plus.

J’ai récemment parlé aux comités de la Chambre des communes et du Sénat lorsqu’ils ont examiné le projet de loi du gouvernement fédéral sur le harcèlement et la violence en milieu de travail, le projet de loi C-65.

Notre priorité était de nous assurer que nos législateurs comprennent trois choses :

Un : que toute nouvelle loi sur le harcèlement doit penser aux victimes d’abord.

Deux : que le texte de la loi doit établir sans équivoque que chaque personne au Canada a le droit de travailler à l'abri du harcèlement et de la violence.

Et trois : que la question du harcèlement en milieu de travail doit être considérée comme une question de droits de la personne.

Nos recommandations ont été entendues.

On nous dit que le libellé du projet de loi est en voie de modification.

Mais les lois et règlements ne sont pas suffisants.

Un changement de culture s’impose.

La véritable égalité signifie que nous n’aurions pas besoin d’une loi contre le harcèlement sexuel, et qu’une femme n’aurait pas à déposer une plainte, parce que la situation n’existerait plus.

On dit souvent que la meilleure façon de rendre les milieux de travail plus sécuritaires pour les femmes est de faire en sorte qu'il y ait plus de femmes dans le milieu de travail.

C'est pourquoi notre travail en matière d'équité en emploi continue d'être une partie importante de ce que nous faisons à la Commission.

Compter un plus grand nombre de femmes dans des rôles de leadership, en particulier dans le secteur privé où les chiffres sont encore trop faibles, constitue un élément clé de la solution.

Également, n’oublions pas que les hommes et les garçons sont également un élément important de la solution.

Ils sont pères, ils sont maris.

Ils sont des frères, des enseignants et des mentors.

Le rôle des hommes et des garçons dans la promotion de l'égalité des femmes est essentielle.

Pour se développer et s'épanouir, la société a besoin de la contribution, des talents, des compétences et des connaissances de TOUTE sa population.  Des espaces favorisant la participation du public et l’échange d’idées et ce, sans crainte de représailles. 

Au Canada, nous avons la chance de vivre dans un pays où le gouvernement demande l'avis du public et s'efforce d'être un leader mondial dans le domaine des droits de la personne. 

Notamment, la Commission accueille favorablement une nouvelle initiative de consultations publiques, lancée par le gouvernement. Il s’agit d’une nouvelle plate-forme qui permet à tous de s’exprimer relativement au bilan du Canada en matière de droits de la personne. Le public est invité à partager librement ses commentaires sur la façon de prioriser les défis importants auxquels nous faisons face au Canada.

Afin de répondre à ces grands défis que sont :

l'égalité des femmes, l'accessibilité pour les personnes handicapées, la réduction de la pauvreté, les droits de la communauté LGBTQI2, les droits des peuples autochtones, soit la plus urgente des situations au pays; nous avons besoin de la participation de tout le monde et nous vous encourageons à vous engager, à titre de leaders et de personnes influentes.

Un changement de culture ne se fera pas du jour au lendemain.

Le chemin est long.

Comme on le dit souvent : le progrès ne voyage pas en ligne droite. Il fluctue, avec ses hauts et ses bas. Et la voie du progrès n'est ni simple, ni facile.

En tant que femmes, nous le savons très bien.

Nous avons vu trop souvent nos propres progrès faire deux pas en avant et un pas en arrière.

Malgré cela, nous devons rester optimistes.

Après tout ce que j'ai vu et entendu, et tout ce que j'ai appris au sujet des graves injustices et des obstacles à l'égalité au Canada, je crois encore au pouvoir de réaliser des choses incroyables quand des gens de cœur se rassemblent.

C’est ce qui s’est produit à maintes reprises dans l'histoire des progrès faits par les femmes.

Comme tous les mouvements sociaux, le mouvement des femmes a commencé par de petites conversations et des petites réunions.

Elles sont ensuite devenues de grands rassemblements publics. En peu de temps, des générations de femmes se sont mobilisées pour parler haut et fort et faire valoir leur droit à être traitées comme des membres à part entière de la société.

Cette année, alors que nous célébrons 70 ans de la Déclaration universelle, nous soulignons également les 100 ans du droit de vote des femmes.

Que célébreront les femmes dans 100 ans ?

Je suis certaine que le leadership d'un grand nombre d’entre vous, dans cette salle, fera l’objet de ces conversations.

Alors, ce soir, nous rendrons hommage à ces réalisations et renouvèlerons notre engagement à défendre nos droits. 

Au Canada, où nous avons la tribune pour exprimer notre pensée et à parler haut et fort, il nous revient à chacune d’agir, d’être agent de changement, de participer et de nous exprimer. 

Parce que maintenant plus que jamais, chaque femme devrait avoir une chance égale de réussir et prospérer.

Merci beaucoup