Allocution de la présidente lors de l’événement Élever la barre de la Coalition canadienne pour les droits des enfants

Notes d’allocution

Marie-Claude Landry, Ad. E.

Présidente
Commission canadienne des droits de la personne

« Le changement fait du bruit »

Allocution faite lors de l’événement Élever la barre
de la Coalition canadienne pour les droits des enfants
 

Mercredi 21 novembre 2018
16 h

Ottawa, Ontario
 

20 min

 

LA VERSION PRONONCÉE FAIT FOI

 

 

Bon après-midi à tous,

C’est un réel plaisir d’être ici parmi vous aujourd’hui sur le territoire ancestral du peuple algonquin.

J’aimerais remercier la Coalition canadienne pour les droits des enfants de nous rassembler pour cette importante cause qu’est la défense des droits des enfants au Canada.

Rien n’est plus fondamental pour l’avenir de notre pays que les droits de nos enfants.

« Il ne peut y avoir plus vive révélation de l’âme d’une société que la manière dont elle traite ses enfants », nous disait Nelson Mandela.

Ce sont ces mots qui m’ont inspirée aujourd’hui pour vous inviter à partager avec tous les jeunes qui vous entourent les trois messages suivants :

  •  Ils ont, en eux, la force et le pouvoir de provoquer des changements positifs au Canada;
  • Tous ont le droit d’être entendus, la responsabilité de se faire entendre et le pouvoir d’élever la voix lorsque des changements dans notre société sont nécessaires;
  • Vous n’êtes pas seuls. Nous sommes avec vous pour assurer que vous soyez entendus et écoutés, et nous sommes prêts à vous appuyer dans l’action menant au changement.

Je vous parlerai de ces trois messages importants dans quelques instants.

Mais tout d’abord, j’aimerais vous expliquer plus en détail ce que nous faisons à la Commission canadienne des droits de la personne.

Nous agissons comme gardien indépendant des droits de la personne au Canada. Notre mission est de protéger et de promouvoir les droits de la personne partout au pays et de nous opposer à toute forme de discrimination.

En fait la raison d’être de la Commission est d’assurer que chaque personne au Canada soit traitée équitablement, peu importe son identité.

Nous veillons aussi à ce que le gouvernement respecte ses obligations en matière de droit de la personne, y compris celles qu’il a envers la Convention relative aux droits de l’enfant des Nations Unies.

Comme plusieurs d’entre vous le savent, l’an prochain, le comité des Nations Unies se penchera minutieusement sur le progrès du Canada en ce qui concerne les droits des enfants au pays.

La Coalition canadienne pour les droits des enfants a fait un travail remarquable en mobilisant et en conscientisant la population aux principales priorités du Canada en ce qui a trait aux droits des enfants.

Elle a organisé ses priorités en cinq catégories :

  1. Le droit de connaître vos droits
  2. Le droit d’être entendus
  3. Le droit de vivre sans violence
  4. Le droit de vivre sans pauvreté, et
  5. Le droit à l’égalité d’accès aux services. 

Il s’agit là des cinq pans fondamentaux des droits de la personne, inaliénables à tous, peu importe notre âge. Et ces droits guident une grande partie du travail de la Commission.

Mais comme la plupart des défenseurs des droits des enfants présents aujourd’hui le savent, il ne s’agit pas d’une mince affaire. Ce sont d’importants enjeux, des sujets chauds, que l’on ne peut ignorer.

Les enjeux réels nous échappent parfois.

Lorsque cela m’arrive, j’aime me rappeler mes expériences personnelles.

Je me tourne vers ma fille, Isabel – et mon petit-fils, Brandon.

Isabel est née au Mexique et je l’ai adoptée lorsqu’elle était toute jeune. Je l’ai vue faire face au regard des autres qui ne voient que la couleur de sa peau.

Et Brandon. Il n’a que 7 ans, mais déjà, il comprend de plus en plus qu’en raison de la couleur de sa peau, certaines personnes le traitent différemment – et ce, ici même au Canada.

Lorsqu’ils étaient bébés, Isabel d’abord et ensuite Brandon, n’avaient aucune idée de ce qu’était la race ni de tout ce que ce concept impliquait.

Pour ma fille et aujourd’hui pour mon petit-fils et leurs amis de la cour d’école, tout cela n’avait aucune importance.

Parce que dès leur naissance, les enfants perçoivent le monde sans division ni étiquette.

Ce regard extraordinaire, sans étiquette, qu’ils posent sur le monde est l’une des plus grandes forces du Canada.

Mais il faut cultiver cette force, car elle peut nous échapper facilement.

Nelson Mandela disait : « Personne ne naît en haïssant une autre personne à cause de la couleur de sa peau, ou de son passé, ou de sa religion. »

Je souhaitais entamer cette conversation d’aujourd’hui avec les messages inspirants des enfants d’une classe de 6e année de la région grâce à la vidéo que je vous ai montrée.

Il y a 20 ans, jamais nous n’aurions rêvé d’entendre des enfants s’exprimer ainsi.

Aujourd’hui, trop souvent, nous tenons pour acquises les idées que nous ont partagées ces enfants.

Leur vivacité d’esprit est extraordinaire, et leurs mots, si profonds.

Ils m’inspirent.

Si l’on apprend à nos jeunes qu’ils ont le pouvoir d’engendrer le changement...

... qu’ils ont la responsabilité de parler haut et fort …

... et que nous sommes là pour les entendre et les écouter…

... je suis persuadée qu’ils seront dans l’action, agiront comme défenseurs des droits de la personne et provoqueront les changements qu’ils veulent voir, tout au long de leur vie.

Je tiens à préciser que tout le fardeau ne pèse pas seulement sur leurs épaules.

S’ils prennent conscience qu’ils ont bel et bien un rôle à jouer – et que leurs idées comptent —et comptent vraiment, il n’y a aucune limite à ce qu’ils peuvent accomplir.

Le moment venu, ils seront prêts.

Nous voilà donc à mon premier message pour nos jeunes : vous avez le pouvoir d’initier les changements et d’être chacun à votre façon, des défenseurs des droits de la personne.

Notre monde a été en grande partie façonné par de jeunes leaders qui, malgré leur âge, ont défendu leurs convictions et ont contribué à faire du monde ce qu’il est aujourd’hui.

Plusieurs jeunes me serviraient facilement d’exemple. Certains contribuent à changer le monde à l’instant même.

Mais nous devons enseigner aux jeunes Canadiens qu’ils n’ont pas nécessairement à devenir des héros pour provoquer le changement.

Le changement se manifeste grâce à des actions simples du quotidien.

Devenir défenseur des droits de la personne et initier le changement se fait comme tout apprentissage – avec la pratique.

On se sent parfois inconfortable, et souvent, la peur est notre première réaction. Mais avec le temps, tout nous vient de plus en plus facilement.

Il faut inviter les jeunes à se créer de nouvelles habitudes.

Il nous faut leur apprendre que chaque geste posé, même le plus petit, peut faire la différence.

En fait, des centaines de gestes simples ont parfois plus d’impact qu’une action gigantesque.

C’est souvent dans le geste ordinaire, celui de tous les jours, que se révèlent les actions courageuses et les changements sociaux extraordinaires.

Il faut du courage pour se tenir debout aux côtés de celui qui est intimidé.

Il faut du courage pour dénoncer une blague raciste lorsqu’on l’entend.

Il faut du courage pour affronter les malaises qui sont souvent le résultat de notre envie de faire ce qui est juste.

Mais ces gestes courageux du quotidien – un à la fois — peuvent créer un réel changement dans la vie des gens qui nous entourent.

Lorsque l’on apprend à un enfant qu’il a le pouvoir de provoquer le changement et que sa voix a de l’importance, lorsqu’il sera adulte, cela deviendra une seconde nature.

Tout autour de moi, aujourd’hui, je vois ces acteurs de changement, ces jeunes qui nous illuminent de cette seconde nature.

Au cours de votre vie, vous avez compris que vous aviez le pouvoir d’engendrer le changement.

Que votre voix compte.

D’où l’importance de mon second message aujourd’hui : Le changement nécessite du bruit. Le silence n’est pas une option.

Comme parents, nous sommes les premiers à répéter régulièrement à nos petits de bien vouloir « garder le silence » et « rester tranquille ».

En fait, dans un passé peu lointain, la norme voulait que les enfants soient vus, et non entendus. On utilisait l’expression : « soit beau et tais-toi ».

Je me suis donné comme objectif d’apprendre à mes enfants que leur voix a de l’importance, qu’ils ont le droit d’être entendus, d’être écoutés, et qu’ils doivent Le progrès nécessite que l’on fasse du bruit ! Le changement nécessite que l’on fasse du bruit !

Mais il faut aussi des gens prêts à écouter – j’en parlerai davantage dans quelques instants.

J’aimerais que nous tous ensemble nous invitions tous les jeunes de qui nous entourent à avoir du courage, à faire entendre leur voix et dénoncer ce qui doit être dénoncé.

Nous devons apprendre à nos enfants et à notre jeunesse qu’utiliser leur voix, faire du bruit, ne pas rester silencieux – surtout lorsqu’elle vient en aide aux autres – est une bonne chose.

Il faut leur montrer que le changement se manifeste lorsqu’on s’indigne, lorsque l’on parle haut et fort, que l’on dénonce, et qu’on exige ce qu’il y a de meilleur.

Il faut aussi leur apprendre qu’il n’est pas nécessaire de crier pour « se faire entendre ».

Il leur suffit parfois de créer un mot-clic;

d’effacer un graffiti haineux;

de réaliser une campagne photo sur Intagram;

de créer une pétition, de faire du bénévolat, de rendre service.

de remplir le sondage « Élève ta voix » de la Coalition afin de se prononcer dans les décisions qui les affectent au Canada!

Gandhi disait : « Soyez le changement que vous voulez voir dans ce monde ».

 

À vous maintenant d’être le changement que vous voulez voir dans ce monde.

Il faut savoir que faire entendre notre voix prend du courage. Ce n’est pas nécessairement synonyme de popularité.

En fait, dans l’histoire, ces personnes qui se sont manifestées et qui ont exigé le changement du statu quo avaient souvent des idées loin de faire l’unanimité.

On s’est opposés à eux, mais ils ont tenu à leurs convictions.

Ils ont trouvé des gens prêts à les écouter, à se joindre à eux; pour unir leurs voix.

Et tranquillement, le changement s’est enraciné.

Nous voici donc à mon troisième message : comme nous apprenons à nos jeunes à utiliser leur voix, à avoir du courage, à provoquer, nous devons aussi les assurer qu’ils ne sont pas seuls.

Il est de notre responsabilité à tous de faire en sorte qu’ils soient entendus et écoutés.

Le progrès ne se fait pas en solo.

Une seule personne ne suffit pas pour créer un mouvement social.

Nos jeunes ont besoin de notre aide pour être stimulés et pour donner à leur voix toute sa force.

Voilà une partie de notre mandat en tant que gardiens des droits de la personne du Canada – faire résonner les voix de ceux et celles qui ont besoin d’être entendus, d’être écoutés et d’assurer que leurs messages mènent au changement.

Notre mandat nous demande aussi d’appeler le gouvernement à poser des actions concrètes et de collaborer avec lui afin :

qu’il existe un moyen clair et simple pour les jeunes Canadiens de se faire entendre et d’être écoutés lorsqu’une situation affecte leurs droits.

que le gouvernement les entende et prenne les mesures adéquates en ce sens .

que le gouvernement respecte ses engagements à l’action en incluant les jeunes Canadiens.

Ensemble, nous avons le pouvoir de faire en sorte que tout jeune Canadien réalise à quel point ses idées comptent; que les gens sont à l’écoute et que le changement est possible.

L’an prochain, alors que le Canada sera examiné par le Comité sur les droits des enfants des Nations unies, nous serons au rendez-vous, à vos côtés, pour que vos voix soient entendues.

Soyez-en certains.

J’aimerais remercier à nouveau la Coalition pour son incroyable travail et son engagement envers l’amélioration de la qualité de vies des enfants canadiens.

J’aimerais remercier chacun de vous de votre présence aujourd’hui, et de l’important travail que vous accomplissez au profit des droits de la personne au Canada; pour les encouragements que vous offrez aux jeunes afin qu’ils deviennent de puissants acteurs de changement.

Vous m’inspirez tous autant que vous êtes. Comme défenseurs des droits des enfants et défenseurs de la jeunesse, comme défenseurs des droits de la personne, vous avez tous ce don incroyable que j’ai souligné plus tôt, celui de voir le monde sans jugement, sans étiquette et sans division.

Ce don, nous en avons tous grand besoin! Le Canada en a besoin.

Enfin, lorsque vous partagerez ces messages avec les jeunes de votre entourage immédiat ou au travail, dites-leur :

Restez enfants, pour notre bien à tous. L’esprit ouvert et les yeux clairs.

Nous avons besoin de leur optimisme, leur enthousiasme, leur créativité et leur joie de vivre. Ils nous inspirent tous à continuer de faire notre travail et nous tenir debout pour ce à quoi l’on croit.

Continuons à faire entendre ces voix qui s’élèvent pour les droits des enfants.

Merci!