Déclaration - Les inégalités amplifiées par la crise de la COVID-19

« Partout au Canada, les différents paliers de gouvernements s’activent à une vitesse exceptionnelle pour ralentir la propagation de la COVID-19. Les mesures sans précédent mises en place pour protéger notre santé, notre sûreté et notre sécurité vont au-delà de ce que la plupart d’entre nous auraient pu imaginer.

« Bien que la distanciation sociale, l’isolement volontaire et la quarantaine soient essentiels pour aplanir la courbe, il faut reconnaître que ces mesures ont des conséquences involontaires et disproportionnées pour les personnes en situation de vulnérabilité. De jour en jour, à mesure que la situation évolue, le nombre de personnes en situation de vulnérabilité augmentera. Nous ne pouvons pas oublier ni ignorer les droits et les besoins de ces personnes.

« Plus que jamais, les personnes en situation de vulnérabilité ont besoin de nous. Nous devons veiller à trouver le juste équilibre entre la protection de la santé et de la sécurité publiques et le respect des droits de la personne. Nous devons toujours garder à l’esprit que cette crise accentue les difficultés et les désavantages vécus par les personnes vivant en marge de la société.

« Face à la situation actuelle, il nous faut être solidaires, se soutenir mutuellement afin d’aider les personnes qui sont affectées de manière disproportionnée. Alors qu’on entend de plus en plus parler de groupes d’entraide et de solidarité qui se forment au Canada par l’entremise des médias sociaux, je nous encourage tous, incluant nos gouvernements, à faire le maximum pour soutenir les personnes qui en ont le plus besoin.

« Aujourd’hui et à mesure que cette crise se résorbera, tous les paliers de gouvernements doivent faire en sorte d’intégrer les droits de la personne, dans les textes de loi, les politiques, les services et les programmes destinés à aider la population canadienne et à relancer l’économie. Tout en reconnaissant les efforts considérables des gouvernements pendant la pandémie, nous devons tous veiller à ce que les personnes en situation de vulnérabilité soient au centre de nos préoccupations et de nos actions. »

Marie-Claude Landry, Ad. E.
Présidente

 

Difficultés supplémentaires pour les personnes en situation de vulnérabilité

Depuis le début de cette crise, les groupes de défense des droits de la personne, les experts et les communautés ont uni leurs forces comme jamais, afin de fournir des recommandations aux gouvernements ce qui doit être fait pour protéger les droits de la personne et la mise en place d’un contrôle rigoureux des droits de la personne dans les interventions des gouvernements à cette pandémie. Au moment d’élaborer des plans d’intervention, les gouvernements doivent tenir compte de ces enjeux et des recommandations formulées par les experts en droits de la personne et les personnes titulaires de ces droits.

Voici des exemples des difficultés que les personnes en situation de vulnérabilité sont confrontées, alors que nous travaillons à aplanir la courbe de la pandémie.

Personnes handicapées

Les personnes handicapées sont confrontées quotidiennement à toutes sortes d’obstacles sous de nombreuses formes et dans toutes sortes de lieux. En cette période difficile pour tout le monde, elles sont particulièrement touchées et es obstacles auxquels elles sont confrontées peuvent être plus importants. Les communications sur la COVID-19 n’ont pas toutes été faites dans un format accessible, et les services, y compris les services de santé ou de livraison, ne sont pas tous accessibles. Il peut être impossible pour une personne handicapée de renouveler une ordonnance, de se procurer des produits d’épicerie ou de prendre l’air.

Notre vie quotidienne complètement bouleversée, inévitablement des épisodes de stress et d’anxiété se présenteront. Pour les personnes ayant des problèmes de santé mentale, le confinement peut aggraver significativement ces problèmes, et bon nombre d’entre elles n’ont pas les moyens ou le soutien nécessaire qui leur permettraient à traverser cette période difficile. Il faut s’occuper de la santé mentale et du bien-être de toutes les Canadiennes et de tous les Canadiens à mesure que la situation actuelle évolue.

Autochtones

Les populations autochtones vivent des difficultés encore plus grandes qu’avant. Le surpeuplement des logements ne permet pas la distanciation sociale, l’isolement volontaire ou la quarantaine. Dans les communautés autochtones du nord, éloignées, isolées et urbaine, dix personnes vivent parfois dans un espace prévu pour deux ou trois. Un logement en mauvais état peut aussi contribuer à la transmission de maladies respiratoires.

Le manque d’accès à des soins de santé adéquats, qui est déjà un problème dans de nombreuses communautés autochtones, rend les résidents plus vulnérables et potentiellement plus à risque d’exposition au virus.

Enfants

Avec tous ces changements dans notre vie quotidienne, il ne faut pas oublier que les enfants ont aussi vu leur vie changer et ont à s’adapter aux bouleversements dans leur vie.

Quand une urgence survient quelque part dans le monde, on ferme souvent en premier les garderies et les écoles, lesquelles sont souvent les dernières à être réouvertes. De nombreux enfants perdent alors un lieu sécurisant, le sens de la normalité, un repas nutritif pour la plupart ou des ressources essentielles dont les enfants ont besoin pour se sentir bien et se développer. Les écoles, les garderies et les personnes qui prennent soin des enfants jouent un rôle qui est loin d’être seulement éducatif.

Personnes ayant des besoins en matière de logement ou vivant de l’insécurité alimentaire

La pauvreté gagnera du terrain parce que de plus en plus de gens sont mis à pied ou ne peuvent plus travailler. La fermeture d’espaces publics empêche nombre d’entre eux d’avoir accès à un ordinateur, à Internet ou à d’autres outils. En conséquence, il peut être impossible pour certaines personnes de demander des prestations d’assurance emploi, une subvention salariale ou d’autres mesures destinées à les aider à payer les biens et services essentiels.

Logement - les personnes au Canada qui font face à une mise à pied sans préavis sont inquiètes et ont peur de perdre leur logement. Une des premières préoccupations pour les personnes touchées par une perte d’emploi est : comment vais-je payer mon loyer, mon emploi et mon revenu reviendront-ils avant la fin de la période de report de mon prêt hypothécaire?

Si la pauvreté augmente, l’itinérance augmentera. On ne peut évidemment pas demander à des personnes qui vivent présentement dans la rue de rester chez elles. Il leur est impossible de respecter les recommandations, directives et règles émises par les agences de santé publique et les gouvernements.

Alors que les refuges se remplissent et sont surpeuplés, la distanciation sociale et l’isolement volontaire deviennent impossibles pour cette population déjà vulnérable. Le resserrement des mesures de sécurité publique et la crainte accentuée d’une exposition au virus décourageront probablement les personnes itinérantes de se rendre dans les refuges.

Personnes vivant de l’insécurité alimentaire - Alors que certaines banques alimentaires doivent cesser leurs activités, que les garderies et les écoles sont fermées et des salaires ne sont plus versés, des personnes de tout âge et de tout milieu peuvent être confrontées à l’insécurité alimentaire. Les personnes qui sont déjà confronté à l’insécurité alimentaire pourrait voir leur situation s’aggraver si elles doivent sauter un repas… qu’il soit nutritif ou non.

Femmes et enfants fuyant la violence

Les femmes et les enfants qui vivent de la violence familiale et des mauvais traitements sont particulièrement vulnérables. Sans possibilité de faire appel aux refuges qui ont dû cesser leurs activités et sans le soutien d’organismes communautaires ou de leur famille, ces personnes ont moins d’endroits où se réfugier et l’isolement, le confinement sont dangereux.

Familles monoparentales

Alors que de nouvelles restrictions sont imposées de jour en jour, les familles monoparentales peuvent avoir de plus en plus de difficultés à s’adapter à la situation. Certaines épiceries interdisent l’entrée aux bébés et aux enfants, et un parent seul qui doit cesser de travailler pour rester à la maison avec ses enfants n’ont peut-être pas le soutien financier, familial ou communautaire qu’il aurait pour se procurer les fournitures dont il a besoin.

Communauté LGBTQ2I

Déjà plus à risque d’être victimes de discrimination, de violence et d’exclusion au quotidien, les membres de la communauté LGBTQ2I risquent maintenant de voir leur situation s’aggraver. Beaucoup n’ont plus accès aux réseaux communautaires importants sur lesquels ils comptaient et peuvent se sentir encore plus isolés en vivant seuls ou dans une maison où ils ne sont pas pleinement acceptés Beaucoup d’entre elles ne réussissent peut-être pas à obtenir les soins de santé dont elles ont besoin.

Personnes ayant besoin de traitements médicaux au Canada

Chaque fois que les autorités demandent de limiter les déplacements et élargissent les mesures de distanciation sociale et que le nombre de malades augmente au Canada en raison du virus, l’accès aux soins de santé devient de plus en plus limité et difficile à obtenir.

Certains prestataires de soins de santé sont déjà passés à l’évaluation en ligne, ce qui rend les médicaments et les thérapies moins accessibles aux populations vulnérables. Considérant l’augmentation du nombre de personnes affectées par le virus, les autorités pourraient en arriver à juger non essentiels, des prestations de services de santé dont certaines personnes ont besoin et à obliger les prestataires de tels services cesser leurs activités habituelles pour lutter contre le virus.

Personnes âgées

Les personnes âgées vivant dans leur propre logement seules ou dans un établissement sont non seulement plus particulièrement vulnérables à être affecté par le virus, mais elles sont aussi plus que jamais isolées. Elles ne sont plus autorisées à recevoir de visites des membres de leur famille ou des amis et amies, et bon nombre d’entre elles n’ont pas accès à un téléphone ou à un ordinateur, ou ne comprennent pas comment utiliser les technologies de communication.

Personnes détenues dans les établissements correctionnels

Il est possible que les personnes détenues dans les établissements correctionnels vivent maintenant des conditions de détention pires qu’avant et que leur réintégration sociale soit plus difficile à réussir en raison de la réduction des services de soutien à la réhabilitation.

La distanciation sociale et l’isolement peuvent mettre un frein au soutien fourni par la famille et les organismes communautaires, et l’accès limité au téléphone peut nuire encore plus au maintien des liens sociaux essentiels avec la famille et la communauté.

De plus, la situation actuelle qui perturbe le système correctionnel, affectera de manière disproportionnée les Autochtones ou les Noirs en détention en raison de leur surreprésentation dans le milieu carcéral. Ce sera également le cas pour la forte proportion de personnes ayant des problèmes de santé mentale dans les établissements correctionnels.