Le Canada doit faire mieux pour contrer la haine — Présentation au Comité sénatorial permanent des droits de la personne

 

Notes d’allocution

Marie-Claude Landry, Ad.E.

Présidente

Commission canadienne des droits de la personne

 

Présentation au

Comité sénatorial permanent des droits de la personne

 

Marquant le 70e anniversaire de

la Déclaration universelle des droits de l'homme

 

Le mercredi 5 décembre 2018

Ottawa, Ontario

 

Bonjour,

Je vous remercie d'avoir invité la Commission canadienne des droits de la personne à prendre part à cette discussion sur les progrès des droits de la personne au Canada, depuis l'adoption de la Déclaration universelle des droits de l'homme.

Je suis accompagnée de Monette Maillet, directrice exécutive adjointe et avocate générale principale de la Commission.

La Déclaration universelle des droits de l'homme a été une réponse aux horribles atrocités nées de la haine.

Elle a uni le monde dans une cause commune : celle de promouvoir les principes d'égalité, de dignité et de respect pour tous.

Il s'agissait de reconnaître, à travers le monde entier, que tout être humain est né avec les mêmes droits et libertés fondamentales, et ce peu importe où il se trouve.

Au cours des sept dernières décennies, le Canada a fait siennes les valeurs fondamentales énoncées dans la Déclaration.

Une grande partie des progrès qui ont été réalisés au Canada, ne l’ont pas été par accident. Ils l’ont été grâce à une conception soignée de nos systèmes.

La Charte canadienne des droits et libertés, la Loi canadienne sur les droits de la personne, ainsi que les lois provinciales et territoriales sur les droits de de la personne ont toutes été élaborées à partir des principes de la Déclaration.

Ces lois ont donné aux gens vivant au Canada le pouvoir de dénoncer et s'opposer à l'injustice et, ce faisant, de créer des changements positifs, non seulement pour eux-mêmes, mais pour leurs concitoyens.

Cet anniversaire nous permet un temps de réflexion et de renouveler notre engagement à l'action.

Dans son rapport déposé dans le cadre de l’Examen périodique universel du Canada, la Commission a mis en évidence les situations des droits de la personne qui nécessitent une attention urgente et immédiate, notamment celles :

…des peuples autochtones

…des personnes handicapées

…des personnes de différentes appartenances raciales, et

…des personnes de diverses orientations sexuelles ou identités de genre.

Il reste encore beaucoup de travail à faire.

Nous devons être vigilants.

Nous devons être vigilants, en raison notamment de l'augmentation significative de l'intolérance, du sectarisme et de la haine dans le monde.

Le Canada n'y échappe pas.

Nous avons constaté une importante croissance de la haine et ce, ici même au Canada.

Le discours haineux peut mener au crime haineux.

La semaine dernière, Statistique Canada a publié de nouvelles statistiques démontrant que les crimes haineux déclarés à la police ont augmenté de façon marquée en 2017, en hausse de 47 % par rapport à l'année précédente.

Les délits motivés par le racisme, la xénophobie, l'intolérance religieuse sont des exemples de crimes haineux.

Les crimes motivés par les préjugés contre l'invalidité d'une personne, son orientation sexuelle ou son identité de genre sont également des crimes haineux.

Ces crimes haineux sont une attaque et une menace directes envers l'engagement du Canada à la démocratie et à l’égard des droits fondamentaux d'égalité et de non-discrimination.

Le silence n’est pas une option. Il nous appartient tous et chacun de dénoncer la haine.

Après la deuxième guerre mondiale, la structure des droits de la personne au Canada a été créée pour répondre à l’injustice et à la discrimination et prévenir la recrudescence de la haine.

Les systèmes au Canada font bien leur travail, mais Il existe toutefois un déficit dans la manière dont le Canada répond à la haine.

La dernière fois que le Parlement a mené une vaste étude sur la haine était en 1965.

Le Comité Cohen a révélé que : « ...les individus et les groupes qui propagent la haine au Canada constituent une menace évidente et réelle au bon fonctionnement d’une démocratie... »

Bien que cela soit encore pertinent et vrai, le Canada d’aujourd’hui est un endroit bien différent d’il y a 53 ans. Le monde est en soi bien différent.

Tout le monde a maintenant le pouvoir d'être un diffuseur d’information.

Un individu peut parler plus fort et influencer plus de gens, que jamais auparavant.

Une nouvelle génération est maintenant exposée à la haine en ligne.

Conséquemment, la menace posée par le discours haineux est amplifiée considérablement.

Nous avons la responsabilité d’examiner de près la façon dont la haine se propage, d’examiner comment contrer ce phénomène et demander des comptes aux personnes qui la répandent et qui servent de courroie de transmission.

Voilà pourquoi j'encourage votre comité à initier une nouvelle étude sur la façon de contrer la haine au Canada.  

Vous êtes bien placé pour en assumer le leadership, faire participer tous les acteurs, amener tout le monde à la table incluant les gouvernements, la société civile, les experts, les organismes de réglementation, les fournisseurs de services et les législateurs.

Par le passé, vous avez démontré un solide leadership en faisant face aux défis soulevés par les questions pressantes des droits de la personne.

Votre leadership sur cette question permettrait d'informer les citoyens, de proposer des actions, afin de protéger les gens de cette menace évidente et réelle.

En conclusion, en ce 70e anniversaire de la Déclaration des droits de l’homme, le Canada peut être fier de ses accomplissements, mais ce sentiment de fierté ne doit pas nous mener à l’assurance et à baisser la garde.

Nous devons demeurer vigilants et ne rien tenir pour acquis. Nous devons continuer à faire pression pour l'égalité, la dignité et le respect pour tous.

Merci beaucoup. Nous sommes disposées à répondre à vos questions.

 

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